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Supprimer ses traces sur Google : la méthode étape par étape
Formulaires Google de désindexation, droit à l'oubli européen, CNIL : la méthode complète pour effacer ses traces.
Supprimer ses traces sur Google : la méthode étape par étape
Vous tapez votre nom dans Google et vous découvrez : un vieux profil de réseau social oublié, un compte rendu de procès mineur de 2013, votre adresse postale visible sur un annuaire, une photo où vous n’étiez pas à votre avantage. Vous voulez nettoyer. La bonne nouvelle : le droit français et européen vous donne des outils concrets et gratuits pour faire ce ménage. La moins bonne : ce n’est ni instantané ni absolu.
Cet article fait le tour des moyens à votre disposition pour supprimer (ou désindexer) vos traces sur Google et les autres moteurs de recherche. Avec, à chaque fois, ce qui marche et ce qui ne marche pas.
La différence entre « supprimer » et « désindexer »
Avant tout, comprenez cette distinction essentielle :
Supprimer une donnée signifie l’effacer à la source. Par exemple, demander à un site marchand de supprimer votre compte client (votre adresse, votre historique d’achats, etc.). Cette suppression est le périmètre du droit à l’effacement RGPD — voyez notre guide droit à l’oubli RGPD.
Désindexer un résultat de Google signifie demander à Google de ne plus afficher ce résultat dans ses recherches. La page reste en ligne sur le site source, mais elle ne sort plus quand on cherche votre nom. C’est le périmètre du « droit au déréférencement » consacré par l’arrêt « Google Spain » de la CJUE en 2014.
Les deux démarches sont complémentaires. Selon votre cas, vous ferez l’une, l’autre, ou les deux.
Étape 1 — Identifier ce qui apparaît sur vous
Avant d’agir, faites l’audit de votre présence Google :
- Allez sur google.fr en mode navigation privée (pour éviter les biais de personnalisation).
- Tapez votre nom complet entre guillemets :
"Prénom Nom". - Notez chaque résultat qui vous concerne : URL, titre, ancienneté, contenu sensible.
- Faites de même avec des variantes : nom marital, ancien nom, surnom, pseudo professionnel.
- Faites de même sur Bing, DuckDuckGo, Qwant.
Vous obtenez une carte de votre présence en ligne. Classez les résultats par priorité de retrait :
- P0 — Très sensible : adresse postale, numéro de téléphone privé, contenu médical, photo intime, ancienne condamnation pour affaire mineure et ancienne.
- P1 — Gênant : vieux profil de réseau social oublié, contenu professionnel dépassé, photos peu flatteuses.
- P2 — Tolérable : profils pros à jour, contributions sur des forums spécialisés, articles de presse récents.
Les P0 et P1 méritent un effort de retrait. Les P2 sont souvent à laisser (et même utiles pour votre réputation pro).
Étape 2 — Demander la suppression à la source
Pour chaque page que vous voulez voir disparaître, commencez par contacter le site source :
Si c’est un site marchand où vous avez un compte : se connecter, supprimer le compte via les paramètres. Si pas d’option de suppression visible, écrire au DPO via la politique de confidentialité du site, demandant l’effacement RGPD.
Si c’est un réseau social : chaque plateforme a une procédure de suppression de compte. Sur Facebook : Paramètres → Vos informations Facebook → Désactivation et suppression. Sur LinkedIn : Paramètres → Compte → Fermer le compte.
Si c’est un forum ou un blog : contacter l’administrateur du site avec une demande RGPD écrite. Modèle de courrier disponible dans notre article sur le droit à l’oubli RGPD.
Si c’est un site média (presse) : plus délicat. La presse bénéficie de l’exception « liberté d’expression et d’information ». Vous pouvez tout de même demander la mise à jour ou l’anonymisation d’un article qui ne reflète plus la réalité (ancienne affaire classée, par exemple). Plusieurs médias français ont des chartes claires sur ces demandes.
Le délai légal de réponse au RGPD est de 1 mois. En cas de refus injustifié, saisir la CNIL.
Étape 3 — Demander la désindexation à Google
Quand la page reste en ligne malgré tout (parce que le site refuse, ou parce que c’est du contenu d’intérêt public), vous pouvez demander la désindexation à Google :
- Allez sur support.google.com/legal/troubleshooter/1114905 (formulaire officiel « Demande de suppression légale »).
- Sélectionnez la juridiction : Union européenne (active le droit au déréférencement).
- Choisissez le type de contenu : à propos de moi.
- Renseignez l’URL exacte que vous voulez désindexer.
- Renseignez votre nom exact tel qu’il apparaît sur la page.
- Décrivez la raison : information obsolète, atteinte à la vie privée, etc.
- Joignez une pièce d’identité.
Google examine chaque demande et arbitre entre votre droit à la vie privée et l’intérêt public à l’information. Le délai de traitement va de quelques jours à quelques semaines.
Les demandes les plus souvent acceptées par Google
D’après les rapports de transparence Google publiés annuellement :
- Informations financières privées : numéros de carte, IBAN, données bancaires apparues publiquement → acceptation quasi systématique.
- Adresse personnelle, numéro de téléphone privé : acceptation fréquente, surtout si demande étayée par un risque concret.
- Coordonnées de mineurs : acceptation très fréquente.
- Anciennes condamnations pour affaires mineures (contraventions, délits non graves) → acceptation modérée, dépend des circonstances.
- Photos publiées sans consentement : acceptation variable, dépend du contexte.
Les demandes plus souvent refusées
- Articles de presse récents sur des affaires d’intérêt public.
- Informations sur des fonctions publiques actuelles (élus, dirigeants).
- Anciennes condamnations pour affaires graves (corruption, violence, criminalité grave).
- Contenus protégés par la liberté d’expression (critique, satire, journalisme).
Dans ces cas, Google maintient le résultat. Pas définitif : vous pouvez réessayer dans quelques années (les arbitrages évoluent).
Étape 4 — Saisir la CNIL si Google refuse
Si Google refuse la désindexation et que vous estimez la décision injustifiée, vous pouvez saisir gratuitement la CNIL :
- Allez sur cnil.fr → « Mes services » → « Plaintes en ligne ».
- Sélectionnez « Droit à l’effacement / déréférencement ».
- Décrivez la demande initiale à Google et le refus reçu.
- Joignez les pièces (capture du résultat Google, votre demande initiale, la réponse Google).
La CNIL peut imposer à Google la désindexation. Délai de traitement : typiquement 3 à 6 mois.
Faire pareil sur Bing et les autres moteurs
Google n’est pas le seul moteur. Bing détient environ 5-8 % du marché français, plus Qwant et DuckDuckGo. La désindexation Google n’affecte pas ces autres moteurs.
Bing : formulaire de désindexation européen sur bing.com/webmaster/tools/content-removal.
Qwant : moteur français basé sur Bing. Une désindexation sur Bing entraîne souvent une désindexation Qwant en cascade, mais on peut aussi contacter directement Qwant.
DuckDuckGo : utilise principalement Bing. Désindexation Bing recommandée.
Yahoo Search, Ecosia, Startpage : tous basés sur Bing ou Google, donc affectés en cascade.
Pour une désindexation complète, faites Google ET Bing.
Cas particulier : les images
Vos photos qui apparaissent sur Google Images suivent les mêmes règles que les résultats web. Mais en plus, vous pouvez utiliser la recherche d’images inversée pour identifier toutes les copies :
- Allez sur images.google.fr.
- Cliquez sur l’icône appareil photo dans la barre de recherche.
- Téléversez la photo qui vous concerne.
- Google vous montre toutes les pages qui l’utilisent.
Vous pouvez alors faire un signalement de désindexation pour chaque page. C’est long si la photo est massivement diffusée — mais c’est utile pour les cas critiques (photo intime fuit ée, image utilisée pour usurpation d’identité, etc.).
Cas particulier : les annuaires en ligne
Des sites comme PagesJaunes, 118 712, Solocal, Société.com publient automatiquement des coordonnées professionnelles ou personnelles à partir de bases publiques. Pour les retirer :
- PagesJaunes / Solocal : interface dédiée sur pagesjaunes.fr → « Modifier ma fiche ».
- 118 712 : formulaire de modification sur 118712.fr.
- Société.com, Verif.com : ils publient les données publiques du registre du commerce (SIRENE). Les supprimer demande de demander au RNE (Registre national des entreprises) une « confidentialité » sur certaines informations — sous conditions.
- Linternaute, JeRetiens, JustAcote : contact direct via leurs formulaires.
Cas particulier : les sites « find people » et data brokers
Des sites étrangers (états-uniens souvent) agrègent des données publiques et privées sur des particuliers européens : BeenVerified, Spokeo, etc. Le RGPD s’applique en théorie à toute entreprise traitant des données de résidents européens, donc vous pouvez exercer votre droit RGPD. En pratique, certains sites jouent la montre. La CNIL est compétente — saisissez-la si nécessaire.
Le travail de fond : limiter l’accumulation future
Au-delà du nettoyage du passé, plusieurs habitudes limitent l’accumulation future :
1. Pseudonyme professionnel distinct du nom civil pour les contributions en ligne (forum, blog, réseaux sociaux secondaires).
2. Adresse e-mail alias (Apple Hide My Email, Firefox Relay, Cloudflare Email Routing) pour ne pas exposer votre adresse principale.
3. Numéro de téléphone secondaire pour les inscriptions douteuses.
4. Refus des cookies de tracking sur les sites visités (le bandeau RGPD).
5. Audit annuel de votre présence Google.
En résumé
Supprimer ses traces sur Google : audit complet de votre présence Google + Bing + autres moteurs, classement par priorité. Pour chaque page : demander la suppression à la source (RGPD article 17), puis la désindexation à Google si la page reste en ligne (formulaire « demande de suppression légale »). Saisir la CNIL si Google refuse injustifiée. Pour les images, utiliser la recherche inversée pour identifier toutes les copies. Pour les annuaires en ligne, formulaires dédiés de chaque service. Préventivement : pseudonymes, alias e-mail, numéro secondaire, refus des trackers.
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