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Signaler en ligne : 33700, Pharos, Signal Conso, CNIL — qui fait quoi ?

Quatre plateformes officielles, quatre cas d'usage : à qui signaler quoi sans se tromper de canal en France.

Par Étienne Aubry · · 9 min de lecture
Illustration : les plateformes officielles de signalement en France

Signaler en ligne : 33700, Pharos, Signal Conso, CNIL — qui fait quoi ?

Vous voulez signaler un faux SMS ? Un contenu illégal sur un réseau social ? Une arnaque commerciale ? Une fuite de données ? La France dispose de plusieurs plateformes officielles de signalement, chacune compétente sur un périmètre précis. Et tomber sur la mauvaise plateforme, c’est perdre du temps et de l’efficacité.

Cet article fait l’inventaire des 5 plateformes officielles principales (avec en bonus le 17Cyber traité dans un article dédié), explique précisément à qui adresser quoi, et donne le bon ordre des signalements pour les cas les plus fréquents.

Les 5 plateformes officielles, en une vue

PlateformeCompétenceCanalCoût
17CyberCybermalveillance globale, diagnostic et orientationTéléphone, web, tchatGratuit
33700Spams SMSSMSGratuit
PharosContenus illicites en ligne (pédopornographie, racisme, terrorisme)WebGratuit
Signal ConsoArnaques commerciales, problèmes consommateursWebGratuit
CNILManquements RGPD, droit à l’oubli, données personnellesWebGratuit

Toutes sont publiques, toutes sont gratuites, toutes prennent au sérieux les signalements documentés.

Le 17Cyber : la porte d’entrée

Pour la majorité des incidents cyber, le 17Cyber est le bon premier réflexe — il fait le diagnostic puis vous oriente vers la plateforme spécifique adéquate. Plus de détails dans notre guide complet sur le 17Cyber.

À utiliser en premier pour : compte piraté, fraude bancaire, faux conseiller, faux support, sextorsion, cyberharcèlement, doute général.

Le 33700 : pour les spams SMS

Le 33700 est le service officiel français de signalement des spams par SMS. Géré par l’AFMM (Association française du multimédia mobile), il regroupe les opérateurs télécoms et l’État pour lutter contre les SMS frauduleux.

Comment ça marche :

  1. Vous transférez le SMS frauduleux au 33700 (numéro court, gratuit, fonctionne avec tous les opérateurs).
  2. Vous recevez en retour un SMS automatique demandant le numéro de l’expéditeur du message frauduleux.
  3. Vous transférez le numéro de l’expéditeur (visible dans les détails du message reçu).
  4. Le 33700 alimente la base nationale anti-spam, qui permet aux opérateurs de bloquer en cascade les numéros utilisés par les escrocs.

Quand l’utiliser :

  • Faux SMS Chronopost / La Poste / DHL (voyez notre article dédié).
  • Faux SMS impôts / Ameli / CPF / ANTS (voyez aussi notre article dédié).
  • Faux SMS bancaires (à compléter par le 17Cyber pour la dimension cyber).
  • SMS publicitaires non sollicités (notamment de prestataires hors UE).

Délai d’effet : quelques jours à quelques semaines. Pas instantané mais cumulé, c’est ce qui finit par étouffer les opérateurs de spam.

Pharos : pour les contenus illicites

Pharos (signalement-formulaire.pharos.interieur.gouv.fr) est la plateforme officielle de signalement de contenus illicites en ligne, gérée par l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC) du ministère de l’Intérieur.

Quand l’utiliser :

  • Contenu pédopornographique ou exploitation de mineurs.
  • Apologie du terrorisme, propagande terroriste.
  • Incitation à la haine raciale ou religieuse.
  • Apologie de crimes de guerre ou crimes contre l’humanité.
  • Diffusion d’images de violence extrême ou de torture.

Comment : formulaire en ligne, anonyme possible. Décrire précisément le contenu, l’URL, la plateforme. Les enquêteurs Pharos traitent les signalements quotidiennement.

Quand NE PAS l’utiliser :

  • Une opinion politique avec laquelle vous êtes en désaccord (sauf incitation à la haine).
  • Un contenu commercial frauduleux (préférer Signal Conso).
  • Une cyberattaque dont vous êtes victime (préférer le 17Cyber).
  • Un cyberharcèlement sur réseau social (préférer le 3018 pour mineur, ou la plainte directe pour adulte).

Signal Conso : pour les arnaques commerciales

Signal Conso (signal.conso.gouv.fr) est la plateforme de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) pour signaler les problèmes commerciaux.

Quand l’utiliser :

  • Faux site marchand qui ne livre pas.
  • Pratiques commerciales trompeuses (publicité mensongère, prix abusifs).
  • Problème de garantie ou de SAV chez un commerçant.
  • Démarchage téléphonique abusif (en complément du Bloctel).
  • Frais cachés, abonnements imposés.

Comment : formulaire en ligne. Identifiez le commerçant, décrivez le problème, joignez les preuves (captures, e-mails). Si le commerçant est en France, il est notifié et peut répondre. Sinon, la DGCCRF agit dans son cadre.

Différence avec le 17Cyber : Signal Conso traite la dimension consommation (vous avez acheté ou tenté d’acheter quelque chose), pas la dimension cyber. Une arnaque qui mélange les deux (par exemple, achat sur un faux site qui pirate ensuite votre carte) doit être signalée aux deux.

La CNIL : pour le RGPD

La CNIL (cnil.fr) traite les manquements à la protection des données personnelles : violations RGPD, droit à l’oubli refusé, traitement illégal, vente de données sans consentement.

Quand l’utiliser :

  • Une entreprise refuse votre droit à l’effacement (article 17 RGPD). Voyez notre guide sur le droit à l’oubli RGPD.
  • Une violation de données vous concerne (vous avez été informé·e par le responsable).
  • Une utilisation de vos données sans base légale (par exemple, vente à un tiers sans consentement).
  • Un défaut d’information : on ne vous a pas dit comment vos données étaient utilisées.
  • Une atteinte à la vie privée numérique : photo diffusée sans accord, vidéo enregistrée sans information préalable, etc.

Comment : cnil.fr → « Mes services » → « Plaintes en ligne ». Formulaire détaillé, joindre les preuves. La CNIL répond par écrit, instruit, peut adresser une mise en demeure ou une sanction au responsable.

Délai de réponse : typiquement 3 à 6 mois. Pour les cas urgents (violation de données critique), réponse plus rapide.

Le 3018 : pour les violences numériques sur mineurs

Bonus à connaître : le 3018 (3018.fr) est le numéro national gratuit dédié aux violences numériques touchant les mineurs (cyberharcèlement, sextorsion, exposition à des contenus inappropriés, grooming). Joignable 7j/7 par téléphone, chat, mail.

Avantage spécifique : ligne directe avec Meta, Snap, TikTok, Discord pour faire supprimer rapidement les contenus problématiques. Voyez aussi notre article sur la sextorsion ado en 5 gestes et notre article sur le cyberharcèlement au collège.

Le bon ordre pour les cas les plus fréquents

Cas 1 — Compte piraté

  1. 17Cyber (diagnostic et plan d’action).
  2. Procédure officielle de la plateforme (Meta, Google, etc.).
  3. Dépôt de plainte au commissariat ou via la plainte en ligne 17Cyber.
  4. CNIL si le compte avait des données personnelles importantes (en complément).

Cas 2 — Fraude à la carte bancaire

  1. Banque : opposition immédiate.
  2. Perceval (perceval.signalement.gouv.fr) : signalement spécifique aux fraudes CB.
  3. 17Cyber pour la dimension cyber.
  4. Dépôt de plainte au commissariat.
  5. Contestation écrite à la banque sous DSP2.

Cas 3 — Faux SMS reçu (sans clic)

  1. 33700 : transférer le SMS et signaler le numéro.
  2. (Pas besoin d’autre démarche si vous n’avez rien cliqué.)

Cas 4 — Sextorsion d’un mineur

  1. 3018 : numéro dédié aux mineurs.
  2. Plateforme concernée (Snapchat, Instagram) avec signalement urgent.
  3. 17Cyber en complément.
  4. Plainte au commissariat (Brigade des mineurs si possible).

Cas 5 — Faux site marchand qui n’a pas livré

  1. Signal Conso : signalement consommation.
  2. 17Cyber si vous suspectez une arnaque organisée plutôt qu’un litige isolé.
  3. Banque pour contestation du paiement (carte bancaire, PayPal).

Cas 6 — Service refuse votre droit à l’oubli

  1. Première relance écrite au service (lettre recommandée).
  2. CNIL si pas de réponse satisfaisante sous 1 mois.

Cas 7 — Contenu illicite sur un site (pédopornographie, terrorisme, haine)

  1. Pharos en premier (signalement étatique).
  2. Signalement à la plateforme en parallèle.

Cas 8 — Cyberharcèlement adulte

  1. Plainte au commissariat (article 222-33-2-2 du Code pénal).
  2. Pharos si contenus diffusés haineux.
  3. 17Cyber pour aide à constitution du dossier.
  4. France Victimes au 116 006 pour soutien.

Pourquoi ces signalements comptent même si « rien ne se passe visiblement »

Beaucoup de gens hésitent à signaler en pensant « ça ne servira à rien ». C’est faux pour deux raisons :

Effet statistique. Chaque signalement alimente les bases nationales de menace. Le rapport annuel Cybermalveillance.gouv.fr 2025 — qui a chiffré +159 % de faux conseillers bancaires et +517 % de SIM swap — repose sur la consolidation de ces signalements individuels. Sans ces données, l’État ne peut pas prioriser les ressources.

Effet d’enquête. Les enquêtes pluri-victimes ne sont possibles que si les victimes signalent individuellement. Plusieurs réseaux d’escrocs ont été démantelés en France depuis 2022 grâce à l’accumulation de signalements convergents. Chaque signalement est une pièce d’un puzzle qui finit par révéler la structure d’un réseau.

En résumé

Cinq plateformes officielles à connaître, chacune compétente sur un périmètre : 17Cyber (cybermalveillance globale, diagnostic, orientation), 33700 (spams SMS), Pharos (contenus illicites en ligne), Signal Conso (arnaques commerciales), CNIL (RGPD). Plus le 3018 pour les violences numériques sur mineurs. Toutes gratuites, toutes utiles. Le 17Cyber est en général le bon premier réflexe : il oriente vers la plateforme adéquate selon votre situation. Signaler, même modestement, alimente les statistiques nationales et les enquêtes pluri-victimes — c’est utile collectivement même si on n’a pas l’impression d’avoir un retour individuel.

Si vous êtes au Mans ou en Sarthe et que vous voulez un accompagnement complet pour signaler efficacement (préparation du dossier, choix des bons canaux, suivi), je propose un forfait curatif à 199 € (99,50 € après crédit d’impôt service à la personne). Détail sur la page intervention d’urgence. Premier contact gratuit au 07 51 13 37 69.

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